Les forêts jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat en absorbant un tiers des émissions anthropiques de dioxyde de carbone. Grâce à leur capacité à séquestrer le carbone, elles contribuent à ralentir le réchauffement climatique. Pourtant, la hausse des températures et les sécheresses affaiblissent la santé des forêts françaises, mettant en péril leur fonction écologique. La diversification sylvicole, la gestion adaptée du gibier et la préservation des cycles de l’eau renforcent leur résilience face à ces aléas. Face à la menace de la déforestation et des pratiques non durables, des financements internationaux plus ambitieux s’imposent pour assurer une gestion forestière durable et efficace.
Les forêts captent un tiers des émissions anthropiques de CO2
Depuis quatre décennies, les forêts mondiales absorbent environ un tiers du dioxyde de carbone provient des combustibles fossiles et de la déforestation. Cette absorption ralentit l’accumulation atmosphérique de CO2 et atténue ses effets sur le réchauffement climatique.
Ce rôle de puits de carbone s’apparente à celui des océans, grâce à la photosynthèse, processus durant lequel les arbres retirent activement le CO2 de l’atmosphère pour le stocker dans leur biomasse.
Entre 2001 et 2019, les forêts ont séquestré chaque année environ 7,6 milliards de tonnes de CO2, ce qui signifie une capacité de captation deux fois supérieure aux émissions qu’elles génèrent. Cette dynamique est essentielle pour limiter l’effet de serre et freiner le réchauffement global.
Les impacts du changement climatique fragilisent la santé forestière française
La forêt française, qui couvre près d’un tiers du territoire national, subit un déclin inquiétant lié à la hausse des températures et à la fréquence accrue des sécheresses. Ce stress hydrique pousse les arbres vers une mortalité sans précédent.
On observe aujourd’hui un dépérissement généralisé des peuplements, aggravé par des infestations massives de parasites et d’insectes ravageurs qui exploitent cette fragilité.
Les incendies, plus nombreux et étendus, ainsi que les sécheresses récurrentes, amplifient la vulnérabilité des écosystèmes forestiers. Cette situation met en péril la capacité naturelle des forêts à jouer leur rôle de régulateur climatique et de puits de carbone.
La diversité sylvicole augmente la résilience face aux aléas climatiques
Le concept de forêt mosaïque
Face aux menaces climatiques, l’Office national des forêts (ONF) privilégie la sylviculture diversifiée appelée « forêt mosaïque ». Cette démarche multiplie les essences, structures de peuplement et modes de gestion afin d’augmenter la robustesse et la multifonctionnalité des forêts.
Elle vise à renforcer la résistance des écosystèmes face aux phénomènes extrêmes, notamment les sécheresses et les attaques parasitaires, en limitant le risque d’effondrement d’un peuplement unique.
Régénération naturelle et plantations adaptées
La régénération naturelle demeure privilégiée pour maintenir les processus écologiques endogènes. Toutefois, elle ne suffit plus face aux défis actuels.
L’ONF complète donc par des plantations d’arbres diversifiés intégrant la diversité génétique et tenant compte des projections climatiques futures, grâce à des outils numériques innovants tels que ClimEssences.
Migrations assistées d’espèces méridionales
La migration assistée constitue une stratégie proactive d’adaptation. Par exemple, le projet Giono implante des essences méridionales dans des forêts du Grand Est pour évaluer leur capacité à résister aux températures élevées et sécheresses.
Cet accompagnement à long terme illustre l’engagement nécessaire pour préserver la fonction climatique des forêts face aux évolutions du climat.
La gestion du gibier est essentielle pour préserver la régénération forestière
La surpopulation des grands ongulés, notamment cerfs, chevreuils et sangliers, exerce une forte pression sur la régénération naturelle.
Les jeunes pousses sont massivement broutées, ce qui compromet le renouvellement des peuplements et fragilise la dynamique forestière.
L’ONF déploie des plans de chasse adaptés pour limiter ces populations et rétablir un équilibre entre la faune et la vitalité des forêts.
Ce contrôle rigoureux des effectifs est indispensable pour maintenir la diversité, la résilience et la pérennité des écosystèmes forestiers.
Les forêts régulent conjointement les cycles du carbone et de l’eau
Le rôle dans le cycle hydrologique terrestre
Les forêts influencent profondément le cycle de l’eau. Elles régulent l’eau verte, soit la transpiration et l’évapotranspiration des végétaux, qui représente environ 60 % de l’eau douce disponible. Ce mécanisme participe à la formation des précipitations et à la climatisation des territoires.
Interaction avec l’eau bleue et stabilité climatique
Par ailleurs, elles entretiennent la dynamique de l’eau bleue visible dans nappes, rivières et lacs, garantissant la disponibilité de l’eau aux écosystèmes et aux activités humaines.
Cette interface entre les cycles du carbone et de l’eau confère aux forêts un rôle écologique fondamental pour la régulation climatique à différentes échelles.
Conservation : levier incontournable pour l’équilibre climatique
La conservation et la gestion durable des forêts apparaissent donc comme des leviers essentiels. Ces actions permettent de préserver l’interdépendance entre le stockage du carbone et la disponibilité de l’eau, deux piliers de la stabilité climatique.
Pour mieux comprendre ces enjeux, vous pouvez consulter notre analyse détaillée des enjeux environnementaux globaux.
Une forêt dense sous un ciel clair, illustrant son rôle de puits de carbone naturel pour le climat.
La déforestation et les pratiques non durables compromettent la fonction climatique des forêts
Au niveau mondial, la déforestation massive liée à l’expansion agricole extensive (culture du soja, huile de palme), aux infrastructures telles que routes ou panneaux solaires, détruit des écosystèmes forestiers stratégiques.
Les coupes rases, fréquentes dans certaines exploitations, anéantissent la biodiversité et les stocks de carbone tout en dégradant les sols, affectant durablement la capacité des forêts à stocker le carbone et à résister aux aléas climatiques.
Ces pratiques anarchiques compromettent la pérennité écologique des forêts, exacerbant ainsi les effets du changement climatique.
Il devient impératif d’adopter des sylvicultures durables conciliant exploitation économique, conservation des sols et sauvegarde de la biodiversité pour inverser ces tendances.
La conservation et la gestion durable des forêts nécessitent des financements et mécanismes internationaux renforcés
Le financement mondial dédié à la mitigation climatique via les forêts reste très insuffisant. Il s’élève à seulement 2,3 milliards de dollars par an, bien en-deçà des besoins réels.
Les mécanismes internationaux comme REDD+ encouragent la réduction des émissions déforestations via un système basé sur les résultats. Ils intègrent également les efforts forestiers dans les engagements nationaux de lutte contre le changement climatique.
Le secteur agricole, forestier et usages des terres (AFAUT) pourrait participer jusqu’à 30 % des réductions nécessaires des gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement à 2 °C.
Étapes clés pour renforcer la conservation et la gestion durable des forêts :
- Augmenter les financements internationaux destinés à la sylviculture durable et à la restauration forestière.
- Renforcer les dispositifs de suivi et d’évaluation des projets REDD+ pour assurer efficacité et transparence.
- Promouvoir la diversification des usages forestiers conciliant conservation, biodiversité et développement économique responsable.
- Encourager la restauration des forêts dégradées en intégrant les projections climatiques futures.
- Impliquer activement les communautés locales dans la gouvernance forestière pour assurer la durabilité des actions.
Pour approfondir cette thématique, découvrez notre dossier sur la transition écologique et ses actions concrètes.

