Mis à jour le 12 octobre 2026
Le Pacifique équatorial vit un épisode El Niño qui pourrait devenir le plus puissant mesuré depuis 1950. Le 8 octobre 2026, la NOAA a confirmé qu’il continuait de se renforcer, et Météo-France anticipe un pic en novembre ou décembre. Ses effets sont déjà visibles des Amériques à l’Indonésie. Pour l’Hexagone, en revanche, El Niño déplace des probabilités sans dicter la météo de l’hiver.
Les chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Anomalie Niño 3.4, septembre 2026 | +2,1 °C | NOAA, 8 oct. 2026 |
| Anomalie Niño 1+2 (au large du Pérou), septembre 2026 | +3,9 °C | NOAA, 8 oct. 2026 |
| Anomalie en profondeur, Pacifique Est | plus de +10 °C | NOAA, 8 oct. 2026 |
| Probabilité d’un El Niño fort à très fort jusqu’en janvier-mars 2027 | plus de 83 % | NOAA, 8 oct. 2026 |
| Probabilité d’un épisode record depuis 1950 (RONI ≥ +2,5 °C), oct.-déc. 2026 | 83 % | NOAA, 8 oct. 2026 |
| Pic attendu | novembre-décembre 2026 | Météo-France, 2 oct. 2026 |
| Déclaration officielle de l’épisode | 11 juin 2026 | NOAA |
Les deux probabilités « 83 % » ne mesurent pas la même chose. La première porte sur un épisode fort à très fort qui dure tout l’hiver. La seconde porte sur un épisode qui dépasserait tous ceux observés depuis 1950, au trimestre octobre-décembre.
De juin à octobre : un épisode qui s’est emballé
El Niño a été officiellement déclaré le 11 juin 2026, et il n’a cessé de se renforcer depuis. Le Climate Prediction Center de la NOAA a émis ce jour-là son « El Niño Advisory », avec une anomalie Niño 3.4 de +0,7 °C. Un mois plus tôt, l’agence n’en était qu’au stade de la veille (« Watch »).
Le mécanisme est connu. En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes de surface vers l’Indonésie, tandis que des eaux froides remontent au large du Pérou. Pendant El Niño, ces vents faiblissent ou s’inversent : la chaleur reflue vers le centre et l’est du Pacifique, et les grandes zones de pluie tropicales se déplacent avec elle. Ce basculement modifie la circulation atmosphérique de toute la planète pendant plusieurs mois.

La progression de l’été a été rapide :
- 11 juin : épisode déclaré, Niño 3.4 à +0,7 °C.
- Août : Niño 3.4 à +1,8 °C selon la NOAA ; l’OMM juge l’épisode « fermement établi ».
- Mi-septembre : le seuil de +2 °C, celui des épisodes dits « très forts » ou « super El Niño », est franchi selon les données NOAA reprises par la presse internationale.
- Septembre : Niño 3.4 à +2,1 °C, publié le 8 octobre.
Ce calendrier est en avance sur les grands épisodes de référence de 1997-1998 et 2015-2016. Le Met Office britannique parle d’un événement sans précédent « de mémoire d’homme ». Météo-France estime que l’épisode sera parmi les plus intenses observés depuis 1950 et qu’il pourrait atteindre une intensité inédite à son pic.
Un changement de thermomètre compte aussi dans cette histoire. Depuis février 2026, la NOAA suit El Niño avec un nouvel indice, le RONI (Relative Oceanic Niño Index). Il mesure l’anomalie du Pacifique central par rapport au reste des océans tropicaux, qui se réchauffent tous. Sans cette correction, le réchauffement de fond gonflerait artificiellement les indices des épisodes récents.
Ce que montrent les observations d’octobre
Le bulletin NOAA du 8 octobre décrit un système océan-atmosphère entièrement couplé, et encore en phase de renforcement. Ce couplage est le critère qui distingue un vrai El Niño d’une simple bulle d’eau chaude.
- En surface : l’anomalie dépasse +4 °C dans certaines zones du Pacifique équatorial Est. Les indices ont presque tous augmenté en un mois : +2,1 °C pour Niño 3.4, +3,0 °C pour Niño 3, +3,9 °C pour Niño 1+2, la zone côtière du Pérou et de l’Équateur.
- En profondeur : la thermocline, frontière entre eaux chaudes et froides, est plus profonde que la normale. À plusieurs dizaines de mètres sous la surface, l’eau est plus de 10 °C au-dessus de la moyenne dans l’est du bassin. Cette réserve de chaleur alimente l’épisode pour les semaines à venir.
- Dans l’atmosphère : les vents de basse altitude soufflent anormalement d’ouest, les orages se sont déplacés vers le centre et l’est du Pacifique, et les pluies restent déficitaires sur l’Indonésie. L’indice d’oscillation australe, qui compare les pressions de Tahiti et de Darwin, est nettement négatif.
La NOAA estime que l’épisode continuera de se renforcer jusqu’à la fin de l’année. Les chances d’un épisode historique, au-delà de +2,5 °C sur trois mois selon l’indice RONI, sont de 54 % pour septembre-novembre, 83 % pour octobre-décembre et 70 % pour novembre-janvier. L’agence ajoute qu’un événement de cette ampleur augmente les chances d’observer les impacts typiques d’El Niño, sans les garantir. Prochain bulletin : 12 novembre 2026.
Déjà des conséquences dans le monde
Avant même son pic, l’épisode a marqué le climat mondial : sécheresses autour du Pacifique, pluies diluviennes ailleurs, et chaleur record. Les régions tropicales sont les premières touchées.
| Région | Ce qui est observé ou attendu |
|---|---|
| Monde | Août 2026 est le mois d’août le plus chaud jamais mesuré selon la NOAA (+1,32 °C au-dessus de la moyenne du XXe siècle). La température de surface des océans a atteint un record absolu (OMM). |
| Amérique centrale | Sécheresse estivale marquée ; selon Oxfam, plus de la moitié des foyers cultivant maïs et haricots au Guatemala, au Honduras et au Salvador ont perdu 75 à 100 % de leur récolte. |
| Indonésie | Saison sèche accentuée et incendies de forêts et de tourbières en hausse, signalés par le service Copernicus de surveillance de l’atmosphère. |
| Inde | Mousson affaiblie, la plus faible depuis près de vingt ans selon les relevés cités par le Parlement britannique. |
| Pérou | Prises d’anchois limitées, les poissons fuyant vers des eaux plus profondes et plus fraîches. Pluies attendues sur la côte de l’Équateur et du nord du Pérou début 2027. |
| Océans tropicaux | Blanchissement des coraux observé en Floride, au Panama et à Kiribati fin août. |
| Atlantique Nord | Saison cyclonique prévue sous la normale, El Niño freinant la formation des ouragans. |
Le bilan humain potentiel est lourd. L’ONU estime que 49 millions de personnes pourraient basculer dans la faim aiguë. Le Climate Impact Lab, groupe de chercheurs basé à Chicago, chiffre à 451 000 les décès supplémentaires liés à la chaleur imputables à El Niño entre juin 2026 et février 2027, surtout en Afrique subsaharienne. Le Centre commun de recherche de la Commission européenne prévient que l’épisode s’ajoutera aux conflits et déplacements existants, en Afrique de l’Est et dans le « couloir sec » centraméricain notamment.
Les marchés suivent : le gouvernement britannique anticipe des tensions sur le riz, le cacao et le café, et une demande accrue de gaz naturel liquéfié. Ces effets peuvent se répercuter jusque dans les prix alimentaires européens.
Et l’hiver en France ?
El Niño penche légèrement la balance vers un début d’hiver doux et humide en Europe de l’Ouest, mais il ne dicte pas l’hiver français. Météo-France est explicite : ses effets sur l’Europe ne sont ni systématiques ni proportionnels à son intensité.
Le signal moyen. En analysant tous les hivers El Niño des cinquante dernières années, les climatologues dégagent une tendance moyenne en deux temps :
- Novembre-décembre : pressions plus basses sur l’Atlantique Nord, donc davantage de perturbations, un peu plus de pluie et des températures plus clémentes sur l’Europe de l’Ouest.
- Janvier-février : plus froid en Scandinavie, plus doux en Méditerranée, un peu plus de pluie sur le sud-ouest de l’Europe.

Ce que disent les prévisions actuelles. La tendance saisonnière de Météo-France pour octobre-décembre 2026, publiée le 5 octobre, va dans ce sens : basses pressions sur le proche Atlantique, trimestre plus chaud que la normale, et plus pluvieux sur la majeure partie de l’Hexagone. Seul le pourtour méditerranéen reste sans scénario privilégié. Le Met Office anticipe lui aussi un automne et un hiver plus humides et plus tempétueux sur le nord-ouest de l’Europe.
Les limites. Météo-France rappelle que de très forts épisodes passés ont coïncidé avec des hivers aussi bien plus chauds que plus frais en Europe de l’Ouest. Un El Niño record ne garantit ni un hiver doux, ni un hiver pluvieux, ni l’absence de neige ou de vague de froid. L’organisme ajoute que l’effet d’El Niño en Europe reste nettement plus faible que celui du réchauffement climatique, qui pousse les températures à la hausse saison après saison.
Le contexte français. L’Hexagone aborde l’hiver après une année exceptionnelle. L’été 2026 a été le plus chaud depuis 1900 (+3,6 °C), devant 2003. Septembre a été le deuxième plus chaud (+3,1 °C) et le troisième plus sec (déficit de 70 %), avec des sols à un niveau de sécheresse jamais observé à cette période. Des pluies d’automne abondantes seraient bienvenues pour recharger sols et nappes ; elles accroîtraient aussi le risque de crues et de tempêtes.
En pratique, la bonne lecture pour un lecteur français est probabiliste : El Niño rend un début d’hiver doux et agité un peu plus probable. Pour savoir quel temps il fera à Noël, seules les prévisions à quelques jours feront foi.
Outre-mer : là où El Niño pèse vraiment
Pour la France, les effets les plus nets d’El Niño se jouent dans les territoires tropicaux, pas dans l’Hexagone. Météo-France le souligne dans son analyse du 28 septembre. La Guyane en est déjà la démonstration.
| Territoire | Effet typique d’El Niño | Situation 2026 |
|---|---|---|
| Guyane | Plus chaud et nettement plus sec, effet rapide | Juillet-août les plus secs depuis 1967 ; août le plus chaud jamais mesuré. Fleuves à l’étiage, forages des communes isolées qui s’assèchent, remontée d’eau salée vers les prises d’eau côtières. |
| Nouvelle-Calédonie | Risque accru de sécheresse, nuits plus fraîches ; saison cyclonique plus étendue, plus longue, avec des cyclones potentiellement plus intenses | Enjeux identifiés : feux, ressource en eau, fourrage, biodiversité |
| Polynésie française | Plus de pluies et de pluies extrêmes aux Marquises, moins aux Australes ; chaleur ressentie accrue aux Marquises et à la Société ; cyclones favorisés | Records de pluie aux Marquises lors de l’épisode 1982-1983 |
| Guadeloupe, îles du Nord, Martinique | Plus chaud, surtout la nuit ; tendance plus sèche mais variable | Inconfort thermique accru |
| La Réunion | Plus chaud ; saison des pluies en moyenne excédentaire | Exposition cyclonique inchangée, environ un impact par an |
| Mayotte | Plus chaud ; pluies généralement excédentaires | Forte influence du dipôle de l’océan Indien |
| Wallis-et-Futuna | Peu ou pas d’effet significatif | — |
| Saint-Pierre-et-Miquelon | Influence non systématique, liée à l’Atlantique Nord | — |
En Guyane, l’agriculture sort déjà de deux sécheresses reconnues en calamité agricole, en 2023 et 2024. Météo-France prévient que les impacts pourraient se prolonger une bonne partie de 2027, tout en appelant à la prudence face à un épisode d’une ampleur inégalée.
Une nuance vaut pour tous les territoires : l’intensité d’un El Niño ne prédit pas à elle seule l’ampleur des effets locaux. L’épisode fort de 2023 n’a pas produit en Polynésie les impacts typiquement attendus.
El Niño et réchauffement : deux mécanismes qui s’additionnent
El Niño ne cause pas le réchauffement climatique, mais il s’empile dessus : c’est cette superposition qui rend 2026-2027 si préoccupant. Les deux phénomènes n’ont ni la même origine ni la même durée.
| El Niño | Réchauffement climatique | |
|---|---|---|
| Nature | Oscillation naturelle océan-atmosphère | Tendance de fond d’origine humaine |
| Cause | Affaiblissement des alizés dans le Pacifique | Gaz à effet de serre accumulés |
| Rythme | Tous les 2 à 7 ans, 9 à 12 mois environ | Continu, depuis plus d’un siècle |
| Effet sur la température mondiale | +0,1 à +0,2 °C temporaire, en moyenne | Environ +1,5 °C depuis 1850-1900, permanent |
Un El Niño libère dans l’atmosphère la chaleur stockée dans le Pacifique. Il relève donc temporairement la moyenne mondiale, d’environ 0,2 °C pour la plupart des épisodes selon le Met Office. Mais il le fait aujourd’hui à partir d’un niveau déjà élevé. Un épisode de force comparable produit donc des records plus hauts qu’en 1998 ou 2016.

Copernicus l’a montré dès août : les températures mondiales ont égalé le record de mars 2024, sous l’effet conjugué du changement climatique et d’El Niño. Pour Météo-France, cette combinaison rend probable, en 2026 ou 2027, une température moyenne mondiale proche ou supérieure au record de 2024. Certaines projections citées par le Parlement britannique évoquent 1,7 °C au-dessus du niveau préindustriel en 2027.
Pourquoi 2027 plutôt que 2026 ? L’atmosphère réagit avec retard à la chaleur de l’océan : l’effet d’El Niño sur la température mondiale culmine généralement l’année qui suit son développement. Un épisode qui culmine fin 2026 pèsera donc surtout sur le bilan de 2027.
Reste une question ouverte : le réchauffement rend-il les El Niño plus fréquents ou plus intenses ? Météo-France indique que les études ne font pas encore l’objet d’un consensus fort. En revanche, El Niño aggrave des risques déjà accrus par le réchauffement : pluies intenses, incendies, chaleurs extrêmes. Le phénomène naturel agit comme un amplificateur temporaire d’une tendance durable.
Sources
- NOAA Climate Prediction Center, ENSO Diagnostic Discussion, 8 octobre 2026
- NOAA, ENSO Diagnostic Discussion, 10 septembre 2026
- Météo-France, El Niño pourrait atteindre une intensité inédite depuis 1950, 2 octobre 2026
- Météo-France, El Niño : quels impacts sur les territoires d’outre-mer ?, 28 septembre 2026
- Météo-France, Les tendances à trois mois, octobre-décembre 2026
- Météo-France, Bilan climatique de septembre 2026
- House of Commons Library, What might a ‘Godzilla’ El Niño mean for the UK?, octobre 2026
- OMM, Earth has hottest August on record, septembre 2026
- Centre commun de recherche (UE), Potentially historic El Niño to come, juin 2026
- Al Jazeera, El Niño reaches super status, 15 septembre 2026
