Sport

Le foot bouge nos villes

La qualification de la France à l’Euro 2012 est une excellente occasion de se pencher sur l’impact des stades de football sur l’urbanisme (les anti-foots, ne partez pas, il s’agit surtout de géographie !). Au gré des villes de France, l’implantation d’un stade de football n’est jamais anodine : elle nous apprend beaucoup sur la géographie de la ville.

A partir de l’observation de la carte de France, deux types de villes se détachent :

  1. La ville au stade excentré
  2. La ville au stade proche du centre

Décryptons en détail ces deux types de villes

1. La ville au stade excentré

La première des villes de France, Paris, entre dans cette première catégorie. Inauguré tôt à l’échelle de l’histoire du football français, dès 1897, le parc des Princes est relégué à la périphérie ouest de la ville, à la frontière de Boulogne-Billancourt.

Les stades lyonnais, bordelais, lillois et auxerrois connaissent un sort similaire.

Ouvert dès 1920, le stade de Gerland à Lyon se trouve à l’écart du centre-ville, au sud du très méridional 7earrondissement.

Le stade de Gerland au sud de Lyon

A Bordeaux, le parc Lescure, rebaptisé stade Chaban-Delmas, se trouve à l’ouest de la ville, à proximité des terrains où le centre hospitalier universitaire est venu s’installer. Lille a connu quatre stades depuis le début du XXe siècle et un cinquième est en construction. Aucun n’a été implanté dans le tissu urbain lillois central. Le foot auxerrois connaît des débuts légèrement différents : les premiers matchs de football avaient lieu à proximité du pont de la Tournelle au cœur de la ville. En raison d’un manque criant d’espace, l’abbé Deschamps (qui donne aujourd’hui son nom au stade de l’AJ Auxerre) acquiert des terrains situés à la frange sud de la ville.

Le stade Abbé-Deschamps au sud d'Auxerre

2. La ville au stade proche du centre

C’est le cas du stade Félix-Bollaert à Lens et du stade Geoffroy-Guichard à Saint-Etienne. La ville de Lorient entre également dans cette catégorie : le stade du Moustoir se trouve en face de l’hôtel de ville.

A Lorient, le stade du Moustoir fait face à l'hôtel de ville

Ces deux types d’implantation répondent à deux évolutions urbaines différentes

  1. La ville au stade excentré – Paris, Lyon, Bordeaux, Lille – est une ville administrative ancienne. Elle a connu des agrandissements successifs au cours de l’Histoire, très souvent de façon concentrique. Aujourd’hui, son centre reste très dense et la maille urbaine s’élargit progressivement à mesure qu’on s’en écarte.
  1. La ville au stade proche du centre – Lens, Saint-Etienne, Lorient – est une ville industrielle. Elle a souvent connu une extension décisive au XIXe siècle. Son plan n’est pas concentrique : le profil urbain correspond plutôt à l’agglomération de différents centres industriels. A Lens, Félix Bollaert, directeur de la Compagnie minière, décide ainsi la construction du stade entre deux fosses. Ces villes industrielles présentent une figure chaotique, elles sont difficiles à singulariser : le stade leur donne un visage. Historiquement, le football fait partie de la ville et de la vie. Les chaudrons lensois et stéphanois réservent les ambiances les plus chaudes de France.

Et Marseille ?

A évoquer deux des villes les plus ferventes en matière de foot, on ne peut s’empêcher de penser à la troisième : Marseille. Pourquoi donc ne pas avoir cité Marseille ? Parce que la cité phocéenne est une exception.

Ville industrielle, Marseille devrait voir son stade siéger à proximité du centre-ville selon le principe qui s’applique à Lens, Saint-Etienne et Lorient. Mais non. Le stade Vélodrome se trouve en périphérie sud-est de la ville.

L’explication est simple. Marseille est bien une ville industrielle, c’est le Vélodrome qui n’est pas le stade de l’OM. Dans l’entre-deux-guerres, l’Olympique de Marseille joue au stade de l’Huveaune, bien plus intégré au tissu urbain marseillais. L’Huveaune est le stade du club : l’adresse du stade – Traverse de l’Olympique, 13008, Marseille – ne s’invente pas et la construction des tribunes dans les années 1920 est financée par les supporteurs. Seulement, la ville de Marseille souhaite ériger un stade qui ne soit pas la propriété du club. A l’échelle locale, un conflit géopolitique s’ouvre : l’Huveaune du club contre le Vélodrome de la mairie.

Les deux stades marseillais

La municipalité remporte le bras de fer et l’OM s’installe au Vélodrome en 1937 (situé à proximité de l’Huveaune mais bien moins inséré dans le tissu urbain). Pour autant, l’Huveaune reste un levier utilisé par le club pour faire pression sur la ville de Marseille. A plusieurs reprises, le club joue à nouveau à l’Huveaune pour marquer sa désapprobation vis-à-vis du montant du loyer du stade Vélodrome. L’Huveaune est fermé en 1998. Aujourd’hui, c’est un terrain vague.

A l’inverse, le Vélodrome est agrandi et devient le deuxième stade français. Les Marseillais et leur club se sentent aujourd’hui chez eux au Vélodrome. Reste cette spécificité sur le plan urbain.

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