Géographie

La géographie anonyme des sites nucléaires iraniens à visée militaire (s’ils existent)

Depuis le rapport rendu par l’AIEA en novembre 2011, le nucléaire iranien compte parmi les sujets les plus médiatisées alors qu’il s’agit du dossier clandestin par excellence. Depuis quelques années, les assassinats de plusieurs scientifiques iraniens ont été constatés et ne trouvent aucune explication franche et officielle. On dit qu’il s’agit d’une pratique éprouvée du Mossad israélien. En Iran, on dit aussi que l’acte est affreux en soi mais pas si grave pour la poursuite du programme nucléaire. On dit tout et son contraire parce que la cible n’est pas visible.

La géographie inconnue proposée par les autorités iraniennes

Depuis le bombardement du site nucléaire irakien Osirak en 1981 par Tsahal, les pays de la région savent bien qu’il ne fait pas bon développer un complexe militaire d’envergure à ciel ouvert. Si elles existent (ce qui n’est pas prouvé), les infrastructures nucléaires iraniennes à visée militaire sont enterrées. La mise à jour de sites nucléaires souterrains en 2002 a apporté la confirmation que l’Iran ne laissait pas aisément voir sa géographie nucléaire. D’autant moins que le pays chiite pourrait tenter de contrôler l’ensemble de la filière, et donc la géographie entière (la mise en relation entre les acteurs, les sites et les ressources) du nucléaire iranien. A l’échelle planétaire, une des caractéristiques de la géographie du monde scientifique tient au fait qu’il fonctionne en réseau, et pas uniquement sur une base territoriale. Des chercheurs engagés sur un sujet d’investigation commun peuvent se trouver en différents endroits du globe et correspondre les uns avec les autres : ils ne doivent pas partager un territoire par échanger un savoir.

Or, voilà la grande spécificité du nucléaire iranien : il tendrait à fonctionner de moins en moins en réseau et de plus en plus à partir d’un support territorial, le territoire national iranien.

Une pratique très peu commune, voire inexistante ailleurs dans le domaine de la recherche nucléaire. Sans mise en réseau, le nucléaire français n’existerait pas. Pour une raison simple : le sous-sol français ne contient pas d’uranium, ou si peu. Une différence de taille avec le sous-sol iranien. Les autorités iraniennes pourraient ainsi contrôler l’ensemble de la filière nucléaire militaire : de l’extraction de l’uranium à la production d’ogives. Ce n’est qu’une conjecture : le programme nucléaire iranien est censé être connu de tous. Chacun peut se renseigner auprès de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran. Si cette conjecture devait néanmoins se réaliser, le contrôle de la géographie nucléaire iranienne deviendrait totale et ses caractéristiques d’autant moins connues des pays étrangers.

Vers une géographie anonyme pour connaître le nucléaire iranien

Inconnu et anonyme ne sont pas synonymes. Le premier désigne le fait de ne pas connaître quand le second fait référence à quelque chose (ou quelqu’un) qu’on ne nomme pas. Mais qui peut tout à fait être connu. C’est l’objet de l’initiative lancée par Open Nuclear Iran : répondre à la géographie inconnue proposée par les autorités nationales (une géographie inconnue encore une fois si le programme nucléaire iranien à visée militaire existe bel et bien) par une géographie anonyme qui aurait le mérite de rendre connu le programme nucléaire iranien, de le donner à voir.
Pour y parvenir, le groupe anonyme Open Nuclear Iran porte une carte du pays à la connaissance de tous sur le web. A partir d’assertions fondées sur un rapport, tout anonyme – citoyen iranien ou non – peut livrer à la carte Open Nuclear Iran sa connaissance de l’implantation des sites nucléaires iraniens.

Ironie de l’histoire, contrairement aux Anonymous, les anonymes d’Open Nuclear Iran sont certainement en phase avec les services de renseignement américains. Le pouvoir iranien n’a cependant pas dit son dernier mot. Lui aussi veut tirer sa légitimité de la foule anonyme par un procédé bien connu : les élections.

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